Tribunal de Boulogne: PASSEURS, ÇA NE PASSE PLUS!

JUSQU'À SEPT ANS DE PRISON FERME

Deux Irakiens et un Soudanais comparaissaient ce vendredi devant le tribunal de Boulogne/mer. Au terme d’une audience qui s’est ouverte à 8h30 pour se terminer sept heures plus tard, la sanction est tombée conformément aux réquisitions du parquet. Trente mois de prison ferme pour le Soudanais, cinq ans pour l’un et sept ans de prison ferme pour l’autre Irakien, c’est une des peines les plus lourdes infligées par la juridiction boulonnaise. Les magistrats ont-ils voulu faire un exemple?  

Il faut préciser aussi que les motifs qui avaient conduit à leur mise en cause étaient d’une certaine gravité. Outre le délit d’aide à l’entrée ou au séjour irréguliers, ils étaient poursuivis pour homicide involontaire dans des conditions exposant à un risque immédiat de mort et pour mise en danger de la vie d’autrui
Les faits remontaient au 22 Novembre 2023. Ce jour-là, sur les rivages d’Equihen-Plage, une soixantaine de migrants avaient tenté d’embarquer pour l’Angleterre à bord d’un canot pneumatique qui n’était pas en état de réussir cette mission. A quelques encablures de la plage les passagers qui avaient pris place à bord se retrouvaient bientôt à l’eau. Trois d’entre eux allaient y trouver la mort. 
Les gendarmes présents sur place regroupaient alors des naufragés sur la plage tandis que d’autres étaient emmenés à l’Hôpital. Parmi ces « survivants » trois allaient être bientôt désignés comme les organisateurs ou les assistants de l’opération. 

C’est eux qui étaient face aux juges ce vendredi, Shermaw I. et Audear S., les deux d'origine irakienne et Tarik M., originaire du Soudan, pays de misères s'il en est. 
L’enquête diligentée ayant conclu que ces trois là auraient joué un rôle important dans l’affaire, ils étaient placés en détention, sans passer par la case hôpital. Ils sont tous les trois détenus depuis les faits, c’est à dire depuis plus de deux ans, ils allaient enfin pouvoir être jugés.  

La matinée de l’audience a été exclusivement consacrée au rappel des faits. L’intervention d’un interprète en langue kurde et d’un autre en langue arabe ne facilitait pas les échanges. Si des certitudes apparaissent, à savoir que les trois hommes étaient bien présents au moment des faits, le rôle qu’ils ont joué dans ce naufrage mortel et dans ce qui l’avait précédé était régulièrement sujet à contestations. En langue d’origine bien sûr. 
Si bien que sur les coups de midi, une pause était proposée. L’après-midi était consacrée aux réquisitions et aux plaidoiries.
Pour l’accusation, la procureure dressa avec force détails une liste impressionnante de délits attribués aux trois comparants, tout en marquant de notables différences entre chacun des trois. Déjà, dans ses propos, on relevait que les trois prévenus n’avaient pas le même degré de responsabilité.
Le Soudanais était «convaincu», façon de parler, d’avoir pris la « barre » du canot pneumatique et, donc, d’avoir la responsabilité de son naufrage.
L’un des Irakiens, Audear, était «convaincu» d’avoir participé à l’opération en raison de sa présence à deux reprises dans la camionnette qui avait conduit les soixante migrants de Dunkerque à Équihen-Plage.
Enfin le troisième, l’Irakien Sherwan, était quant à lui «convaincu»  d’être l’organisateur de l’opération. 

Un barreur, un convoyeur et un passeur, les rôles étaient distribués. La parole était à la défense. Le couple d’avocats parisiens assura la défense des deux Irakiens en démentant leur responsabilité dans l’opération, tentant de démontrer qu’ils étaient des migrants comme les autres, des hommes qui ont vécu ces dernières années dans un pays en guerre (merci G.W. Busch) et qui l’ont fuit pour ces raisons. Quant au défenseur du Soudanais, il plaida tout simplement l’innocence de son client, lequel non seulement n’aurait rien organisé mais avait sauvé des vies en repêchant des naufragés. Tout cela ne paraissait pas absurde.  
Après un long délibéré, de retour dans la salle d’audience, les magistrats allaient quelque peu doucher les espérances d’une clémence, ceci tout en gardant une réelle hiérarchie dans les peines. Ainsi, le Soudanais barreur écopait de 30 mois de prison ferme. Avec les remises de peine il sortira bientôt et devra quitter la France. L’Irakien Audear en prenait, lui, pour cinq ans ferme. Quant à son compatriote Sherwan, il était condamné à sept ans ferme. Le tout avec maintien en détention pour tous. Dur, dur…


Enfin, si l’avocat du Soudanais n’hésitait pas à faire savoir, à l’issue de l’audience, qu’il n’appréciait que modérément la décision du tribunal, celui de l’Irakien ne pouvait pas commenter sur place les sept ans infligés à son client. Pour des raisons d’horaires de transport, il avait quitté le tribunal avant la dernière intervention de l’un de ses confrères. Et, donc, avant le résultat du délibéré et l’annonce de la plus lourde condamnation contre son client.

C’est le même défenseur qui, dans sa plaidoirie, avait déclaré en substance cette vérité, à savoir que les vrais passeurs, les vrais organisateurs, n’étaient jamais sur les plages mais qu'ils restaient bien au chaud dans leur salon. Il ajoutait que c’était depuis ce salon que ceux-là dirigeaient leurs petites mains et contactaient les avocats.  
Parole de maître.    


Note à benêts: Dans un article mis en ligne le 6 novembre dernier on relatait ici l’audience qui avait vu les trois hommes comparaître pour la première fois devant le tribunal de Boulogne (https://www.lejournalboulonnais.fr/article-99.html). L’affaire avait été vite expédiée puisque l’un des avocats avait demandé le renvoi, au grand dam de ses confrères. C’est celui-là même dont le client a reçu la plus lourde condamnation. 
Hasard?