ENGRENAGE FATAL
Tony a 19 ans. Son parcours est plutôt chaotique. A 15 ans il est déjà en rupture avec ses parents et mène depuis une vie d’errance.
A 16 ans il fait connaissance avec la drogue. La drogue dite douce, le cannabis. Pour financer sa consommation il devient très vite re-distributeur, on dit aussi dealer, quoique pour lui c’est plutôt de l’uber-trafic, livraison à domicile. A 18 ans il fait la connaissance d’une jeune fille de son âge. Il s’installe chez elle. Pas de chance, cette fille est non seulement consommatrice de produits illicites mais son papa est lui aussi pourvoyeur de stups. C’est le fatal engrenage, quoi.
Puis un jour Tony, imprudemment, se fait gauler par la patrouille. Arrestation, garde à vue, perquisition, exploitation du téléphone. Les enquêteurs découvrent d’importantes sommes d’argent liquide dans les lieux de vie ou de passage de Tony. Et aussi des quantités appréciables de produits stupéfiants, cannabis, cocaïne et aussi héroïne. Il est également démontré que Tony va régulièrement à Lille pour s’approvisionner auprès d’un certain Ajax. Rien à voir avec le guerrier grec héroïque et tout à voir avec le trafic d’héroïne, cette substance mortifère.
Voilà ce qui a conduit, sous bonne escorte, le peu tonitruant Tony devant le tribunal correctionnel de Boulogne. C’est à peine si on va l’entendre.
Pendant que la présidente du tribunal étale devant lui son peu glorieux pédigrée, Tony reconnaît les faits et présente ses regrets. Il murmure qu’il a compris, qu’il ne recommencera plus. Est-il lui aussi consommateur de coke ou d’héro? Non, c’est trop dangereux susurre-t-il. « Et cela ne vous gène pas de vendre des produits dangereux pour gagner de l’argent » lui demande le tribunal. Oui, je regrette, je ne recommencerai plus lâche-t-il tout bas. Bien sûr. Sauf que ce n’est pas la première fois que Tony est convoqué pour trafic de stup devant un tribunal. Déjà quand il n’était pas encore majeur… L’irrésistible engrenage…
Et comment va-t-il faire pour rembourser son fournisseur puisque toutes ses réserves et ses recettes financières ont été confisquées? Ben, lui qui n’a jamais travaillé il va se mettre au travail. Il le promet. Pourra-t-il tenir? Son cas apparaît désespéré. Pas pour le tribunal.
Tony, truand irrécupérable? Non, avant tout un pauvre gars. Et surtout, il n’a que 19 ans, il mérite encore une chance.
De retour de son délibéré la présidente annonce au gamin qu’il est condamné à deux ans de prison dont une année ferme. Houla. Mais la magistrate ajoute qu’il ne va pas retourner en prison. Il va être présenté à un juge d’application des peines devant lequel il devra confirmer qu’il va se faire soigner de ses addictions, faire une formation, trouver un emploi.. Bref se réinsérer, ou plutôt s’insérer, dans une vie normale. Et régler ses dettes auprès de ses anciens fournisseurs? Aïe!
Il reste à en accepter l’augure. Les plus désespérés sont les chants les plus beaux…
Chaque semaine, dans ce tribunal comme dans tous les autres de France, on mesure un peu mieux les ravages à mettre au compte du trafic de stupéfiants. Et l’on ne voit vraiment pas comment y mettre fin tant que ceux qui « tomberont » ne seront pas ceux qui dirigent ou encouragent le narco-trafic. Et cela, c’est un autre débat.
On en sait de mortels qui sont de purs sanglots.
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