C'EST LA TÉTÉE

Dans le Saint des saints du Tribunal

Laura a 36 ans, quatre enfants dont un bébé de quelques semaines. Que fait-elle, assise avec son nourrisson sur les genoux, dans la salle du tribunal correctionnel? Elle attend d’être appelée pour une histoire de vol commis en septembre 2019.
Quand son tour arrive, elle confie l’enfant à la femme qui l’accompagne. Devant les magistrats elle reconnait les faits. Ils sont simples. 

Alors qu’elle se trouvait dans un bar de nuit elle a subtilisé le portefeuille d’un client de l’établissement. Ce vol ne lui aurait rapporté que quelques dizaines d’euros. Elle  précise également qu’à l’époque elle consommait des produits qui altéraient son comportement. Mais elle ajoute qu’aujourd’hui elle est sevrée et qu'elle veut s’occuper de ses enfants.  
Pourquoi est-elle jugée six ans après des faits alors qu’elle aurait pu à l’époque comparaître devant un procureur selon la procédure du plaider coupable? Bonne question, merci de l’avoir posée.


Il se trouve que la victime du vol dans ce bar de nuit est un policier. Et que, dans le portefeuille volé, outre une carte bancaire, il y avait aussi sa carte professionnelle. Une carte qui n’a pas été retrouvée. On imagine facilement que la hiérarchie policière n'a que modérément apprécié l'incident. Il apparaît aussi que Laura avait déjà eu affaire avec la justice. 
Bref, le tribunal se retire pour délibérer et revient quelques minutes plus tard pour rendre sa décision. Mais Laura a disparu. Ce qui n’est pas du goût de la présidente qui mandate l’huissier de service pour s’en l’aller quérir. Mais l’huissier n’a pas la science infuse et sa recherche s’avère vaine. 

Quelques minutes plus tard, Laura refait son apparition, son nourrisson en pleurs dans les bras. Pauvre bébé, on vient d’interrompre son repas. C’est pour le lui donner que sa mère était sortie. Mais c’est qu’il a toujours faim le petit. Il pleure. C'est bruyant. Alors la mère nourricière, après s'être avancée vers les magistrats, s'assoit sur un banc, écarte son chemisier, sort ce sein que l’on ne saurait ne pas voir… Et c’est la tétée qui reprend.
Le calme revient. On est en pleine humanité. La présidente ne va pas porter atteinte à l’ambiance. Elle annonce à Laura que le tribunal a décidé de confondre une ancienne peine avec la nouvelle, et que la jeune femme en est quitte pour du sursis. Elle quitte la salle en remerciant le tribunal. Le nourrisson toujours accroché à elle.
Tout est bien qui finit bien.  

Post scriptum: Ah, oui, le policier était représenté à l’audience par un avocat. Pour son préjudice, le tribunal lui a accordé une modeste compensation financière que Laura devra lui payer… Même par petites échéances avait précisé la présidente. Dommage qu’en son absence on n’ait pas su ce qui avait conduit ce fin limier dans un bar de nuit et être trop absorbé pour ne pas s’apercevoir que son portefeuille avait changé de mains.